Pommes de terre et diversité génétique : le dernier trésor des Incas
La région Andine est le centre mondial de la domestication de la patate. Les scientifiques et les communautés Quechua mènent une course contre la montre pour préserver la diversité génétique des pommes de terre natives de la région afin qu’elles ne disparaissent pas aussi brusquement que l’empire Incas. Pendant que les premiers s’attellent à construire la plus grande banque génétique de pommes de terre au monde, les seconds rapatrient des variétés de patates dans leur parc. Dans ce lieu unique se conjuguent la connaissance traditionnelle avec les technologies de pointe et les banques génétiques ex-situ et in-situ afin d’assurer la pérennité du monde agricole moderne.
L’origine des pommes de terre
Reconnue comme le berceau de la patate, la région de Cuzco contient la plus grande diversité de pommes de terre au monde. Fruits de 7000 ans d’évolution et de l’ingéniosité agricole des Incas, les patates arborent aujourd’hui les plus incroyables formes, tailles, saveurs et couleurs. La diversité est si grande qu’une seule ferme du parc de la patate peut contenir jusqu’à 150 variétés différentes.
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Faire face aux nouveaux défis mondiaux et empêcher l’Histoire de se répéter
L’histoire des grandes famines dans le monde prouve l’importance de maintenir une forte diversité génétique des agricultures. La biodiversité des patates est aujourd’hui fortement menacée par plusieurs phénomènes : les monocultures, les changements climatiques, la désertisation, l’explosion démographique et l’expansion urbaine. Au XIXème siècle, l’Irlande dépendait seulement de très faibles variétés de patates. Un terrible champignon, le mildou, s’abbata subitement sur les récoltes en 1845-46, détruisant les cultures de patates. La famine qui s’ensuivie fut sans précédent. Plus d’un million de personnes périrent, mortes de faim et le même nombre dut s’exiler pour survivre.
La plus grande banque génétique de patates au monde
Le Centre International de la Patate (CIP) contient la plus important banque de ressources génétiques de pommes de terre au monde. Elle conserve plus de 7180 échantillons de patates, 6500 de patates douces, 1556 d’espèces de racines andines et de tubercules. Les techniques de conservation comprennent la conservation in vitro (dans des tubes), la cryogénie (dans de l’azote liquide), les boîtes noires (graines à l’abri de la lumière) et le germoplasme (cultures de variétés) dans les campagnes. Le CIP fournit du matériel génétique purifié de tout virus et bactérie, gratuitement aux pays en voie de développement et payant aux autres.
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Rapatrier les ressources génétiques aux communautés de fermiers : l’exemple du parc de la patate
Le parc de la patate est une «bibliothèque vivante» de diversité génétique des patates. Sous la tutelle de la Convention sur la Diversité Biologique, le Centre International de la Patate a retourné les ressources génétiques de patates disparues aux six communautés du parc de la patate. Depuis lors, ce parc est en train de devenir un modèle de conservation durable d’agro biodiversité, grâce aux concours de l’Association pour la Nature et le Développement Durable (ANDES), la banque génétique et les six communautés. Le but est de rétablir toutes les espèces de patates existantes dans la vallée et de faire du parc le second centre d’origine de cette plante vitale pour l’humanité.
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Au regard de cet exemple de collaboration pour conserver la diversité génétique alimentaire, il devient évident que le meilleur système garant de sécurité alimentaire doit associer les banques génétiques ex-situ avec celles situées sur les terres des fermiers dans leurs propres écosystèmes agricoles. Aujourd’hui, le plus grand défi des conservateurs est de réduire la pauvreté et d’assurer la sécurité alimentaire des générations futures.
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